Théodore de Banville

« Mon poëte, c’est le divin Théodore de Banville, qui n’est pas un homme mais la voix même de la lyre. » Stéphane Mallarmé Symphonie littéraire

Th. de Banville
Théodore de Banville

Note biographique

Né à Moulins, en Auvergne, le 14 mars 1823, Théodore de Banville est un poète parnassien, auteur d’une vaste oeuvre poétique, où se détachent surtout les Odes funambulesques, en 1857, et les Exilés, en 1867. Il est également auteur de piéces de théâtre, comme Gringoire, en 1886, inspiré du personnage éponyme de Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo.
Théodore de Banville meurt à Paris le 13 mars 1891.

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Banville et Mallarmé

Mallarmé consacre un article de Symphonie littéraire (1864) à Banville :

« Mais quand mon esprit n’est pas gratifié d’une ascension dans les cieux spirituels, quand je suis las de regarder l’ennui dans le métal cruel d’un miroir, et, cependant, aux heures où l’âme rythmique veut des vers et aspire à l’antique délice du chant, mon poète, c’est le divin Théodore de Banville, qui n’est pas un homme, mais la voix même de la lyre. Avec lui, je sens la poésie m’enivrer – ce que tous les peuples ont appelé la poésie, – et, souriant, je bois le nectar dans l’Olympe du lyrisme.
Et quand je ferme le livre, ce n’est plus serein ou hagard, mais fou d’amour, et débordant, et les yeux pleins de grandes larmes de tendresse, avec un nouvel orgueil d’être homme. Tout ce qu’il y a d’enthousiasme ambrosien en moi et de bonté musicale, de noble et de pareil aux dieux, chante, et j’ai l’extase radieuse de la Muse ! J’aime les roses, j’aime l’or du soleil, j’aime les harmonieux sanglots des femmes aux longs cheveux, et je voudrais tout confondre dans un poétique baiser !
C’est que cet homme représente en nos temps le poëte, l’éternel et le classique poëte, fidèle à la déesse, et vivant parmi la gloire oubliée des héros et des dieux. Sa parole est, sans fin, un chant d’enthousiasme, d’où s’élance la musique, et le cri de l’âme ivre de toute la gloire. Les vents sinistres qui parlent dans l’effarement de la nuit, les abîmes pittoresques de la nature, il ne les veut entendre ni ne doit les voir : il marche en roi à travers l’enchantement édenéen de l’âge d’or, célébrant à jamais la noblesse des rayons et la rougeur des roses, les cygnes et les colombes, et l’éclatante blancheur du lis enfant, – la terre heureuse ! Ainsi dut être celui qui le premier reçut des dieux la lyre et dit l’ode éblouie avant notre aïeul Orphée. Ainsi lui-même, Apollon.
Aussi j’ai institué dans mon rêve la cérémonie d’un triomphe que j’aime à évoquer aux heures de splendeur et de féerie, et je l’appelle la fête du poëte : l’élu est cet homme au nom prédestiné, harmonieux comme un poème et charmant comme un décor. Dans une apothéose, il siège sur un trône d’ivoire, couvert de la pourpre que lui seul a le droit de porter, et le front couronné des feuilles géantes du laurier de la Turbie. Ronsard chante des odes, et Vénus, vêtue de l’azur qui sort de sa chevelure, lui verse l’ambroisie – cependant qu’à ses pieds roulent les sanglots d’un peuple reconnaissant. La grande lyre s’extasie dans ses mains augustes. »